Interview > Voyage en Laponie en chiens de traîneau
|
Telle
est l'aventure que se sont fixés Tania Houlbert et, Guillaume,
son co-équipier. Ou comment la passion de la nature vierge,
de la Laponie, des chiens de traîne et de l'image se conjuguent
à merveille et les animent avec tempérament pour
réaliser ce superbe projet. Départ prévu
l'année prochaine pour un mois. Interview de Tania
Houlbert.
Comment expliquez-vous votre intérêt pour la Laponie
?
Les régions nordiques, en générale,
m'intéressent. L'homme n'y est pas le bienvenu, n'y est
pas à son aise : peu de faune pour se nourrir, températures
en dessous de -20°, vie nocturne pendant 6 mois, diurne les
6 autres... C'est un défi quotidien de
survivre. Cela remet les pendules à l'heure.
Mais aussi permet de revoir nos besoins vitaux, d'aller à
l'essentiel. Etant une passionnée de l'image, le paysage
nordique et ses lumières mystérieuses sont un vrai
bonheur pour l'oeil ! La Laponie c'est aussi la dernière
région "presque" déserte d'Europe. J'ai
donc l'envie de découvrir une terre encore brute, vraie,
ou l'on ressent la Nature autrement.
Pourquoi avoir choisi le chien de traine pour réaliser
cette aventure ?|
Nous n'allons pas traverser la Laponie d'Est en
Ouest. Ce projet reste un documentaire à petit budget,
aucun repérage n'a été possible. Nous aurons
donc besoin d'étapes pour recharger les batteries et réfléchir
au script... Pour vivre cette aventure, j'ai choisi le chien de
meute car son observation présente de nombreux intérêts
: la hiérarchie au sein d'une meute, l'écoute entre
les chiens, la solidarités, le respect... Nous avons tellement
à apprendre de ces chiens ! Et puis dans une aventure-défi,
telle que celle-ci, la cohésion entre l'homme et son attelage
est surprenante. Lors de mon premier raid en traîneau en
France, l'un de mes chiens de queue (celui de derrière
donc) me jetait des coups d'oeil réguliers pour vérifier
que j'étais contente de son travail, pour être rassuré.
C'était impressionnant de voir cette énergie dépensée
et un tel esprit d'équipe.
Comment
se fait la familiarisation avec vos chiens ? Des entraînements
sont ils organisés ? |
Guillaume (mon co-équipier sur ce projet)
et moi étant Parisiens, et travaillant à plein temps
dans l'audiovisuel, il est difficile pour nous de nous entraîner.
Cependant, j'ai pu faire 2 raids en 1 an : l'un dans les Vosges,
l'autre dans le Jura, avec un musher Français (Guillaume
Reffay, qui m'a ensuite mis en contact avec les mushers que je
retrouve en Suède : Stéphanie Le Sage & Rémy
Dulosthe). Cela m'a permis de m'entraîner, et de comprendre
les caractères des différents chiens : Groenlandais,
malamutes, amérindiens, alaskans...
Je commence par les observer dans la meute, puis
comprends leur rôle avec l'aide du musher, leur personnalité.
Le feeling passe naturellement avec certains plus qu'avec d'autres.
C'est impressionnant comme on se rapproche des chiens qui ont
une personnalité assez similaire à la nôtre,
cela se fait tout seul.
Concrètement, comment votre aventure va-t-elle se dérouler
? |
Nous partons un petit mois, à cause des
finances plutôt maigres pour réaliser ce premier
documentaire. Ce ne sera pas une traversée comme je l'aurais
voulu mais divers itinéraires qui nous permettront de repasser
par la maison des mushers pour des raisons de logistique. Nous
souhaitons faire plusieurs raids de 2 à 3 jours en traîneau,
voire en raquettes pour voir des lieux inaccessibles en traîneau.
Le but est de visiter les alentours d'Alvsbyn, les rapides de
Storforsen, de voir le cercle polaire, les montagnes et les forêts
boréales. Nous serons avec un couple de mushers. Nous espérons
rencontrer un éleveur de rennes (Saàmis), un guide
de montagne Suédois, et bien d'autres personnes nées
ici pour nous parler de leur culture.
Pendant
ce mois vivrez vous en totale autonomie ?|
A ce jour, ce sera impossible pour des raisons
de logistique matérielle et de financement. Cependant,
nous allons apprendre certaines techniques de vie en autonomie.
Une première aventure avec des professionnels qui nous
entraîneront pour de prochaines en totale immersion !
Suivez vous une préparation physique et mentale spéciale
pour affronter des conditions climatiques difficiles ? |
Guillaume n'a pas pu s'y préparer car il
a rejoint le projet trop tard. Pour ma part, l'an dernier, j'ai
suivi un musher dans les Vosges, passé mes journées
dehors avec lui et les chiens, et je me suis logée dans
un lieu non chauffé. Cela m'a permis de voir comment mon
corps s'habituait aux températures en dessous de zéro
mais je pense qu'en Laponie cela sera encore bien différent.
Le traîneau étant une activité très
sportive, nous travaillons le cardio et le physique. Une préparation
sportive est aussi mentale : se lever à 6h du matin avant
d'aller au travail pour se plonger dans une piscine alors qu'il
neige est un excellent exercice pour nous rendre plus robuste
au froid et travailler notre motivation.
Comment financez vous votre aventure ?
L'autofinancement constitue à ce jour l'essentiel.
Auto-entrepreneuse dans l'audiovisuel en plus de mon travail à
plein temps, je compte vendre des DVD à mon retour. Nous
avons aussi des partenaires qui nous soutiennent matériellement
comme Vanguard France et Brainsonic... Nous espérons en
trouver d'autres pour l'équipement sportif et grand froid
. Sans oublier Laponie Mush, les mushers qui nous accueillent,
qui nous sont aussi d'une grande aide au niveau équipement
de montagne.
A votre retour, quel format prendra votre documentaire ? Quand
et ou pourra-t-on le voir ?
Début Mars 2012 nous sortirons une version
courte de 13mn sur le web accompagnée de séries
de photographies sur le blog www.borealis-laponie.com
et différentes plateformes vidéo. Puis nous sortirons
une version de 26mn en DVD qui écumera les festivals de
voyages et de documentaires en espérant obtenir des critiques
constructives pour faire avancer notre concept (que nous gardons
secret jusqu'à sa sortie) et réaliser d'autres documentaires
en cas de succès.